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J’erre maintenant sur la place habillée de petits immeubles rouge décoloré. L’air de la mer me manque. Le ciel est ensanglanté par la mort éphémère du soleil. Je sais qu’il réapparaîtra demain matin et qu’il s’effacera de nouveau le soir, néanmoins chacun de ses adieux demeure unique et particulier. Chaque étreinte que nous avons partagée était aussi familière qu’unique. Un déjà-vu au goût nouveau ou peut-être du nouveau au goût de déjà-vu.
Peu importe. J’entre dans la vieille ville avec le regard d’un adulte qui reconnaît les lieux de son enfance. Je décrète alors que tout m’appartient.
Je me rappelle soudain qu’il faut que j’évite de passer devant le restaurant libanais. Ne pas avoir à faire la conversation à ce petit mec tout laid et tout sûr de lui. Il me drague depuis quelques mois. Lui, il a toujours fait comme si tu n’existais pas. Je n’aime pas son regard, ses petits yeux noirs indiscrets. Voilà un paysage dont la découverte me désintéresse tout à fait. Il a le regard sûr de ceux qui ne réfléchissent jamais sur rien mais qui ont un avis sur tout. Cela m’insupporte ; j’en ai presque la nausée. Etre désiré par quelqu’un qui vous répugne. Aujourd’hui je comprends que c’est pire que de ne pas être aimée par celle que l’on désire. Je saisis également que je suis peut être seulement capable de désirer. Et toi, t’ai-je aimée ? Je ne sais plus bien au fond. C’est étrange. Tu étais ma première pensée du matin. La seule préoccupation de mes journées solitaires. Le rythme lancinant de mon esprit au seuil du sommeil. J’ai désiré ta peau, tes mains, tes lèvres incontestablement. Je me rappelle chaque détail : les endroits où la peau est douce et fragile, où elle se rétracte à l’approche des doigts.
Pour éviter le restaurant, je traverse la grande Place. Prise au piège : j’entends mon nom. Je suis rassurée de découvrir que la voix appartient à Gaëlle.
Gaëlle me plaît immensément. La texture de sa peau m’intrigue. Elle est Polynésienne, ses yeux sont clairs, sa peau reflète l’éclat particulier de la lumière appartenant à ses latitudes. Elle me parle mais je ne l’entends pas. Je suis submergée par l’éclat particulier de ses yeux, gardés de cils si langoureux que…Je détourne mon regard et me raccroche à ses paroles. Elle parle d’une fille que je suis supposée connaître. Son visage se dessine au fur et à mesure de la conversation. Mes sentiments pour elle aussi. Je sais que je la hais. C’est sa petite amie. Est-ce la seule raison qui me fait dire que je la hais ? Je ne sais plus. Peut-être. Après tout elle, elle connaît le velouté de cette peau que je désire de plus en plus. Ta peau à toi semblait trop petite : une taille en dessous de ce que ton corps exigeait. Aucun pli. Impossible de jouer avec. Alors ma main parcourait, survolait inlassablement le paysage familier de ton torse, de ton dos, de… La redécouverte des chairs timides qui nous rend si impudique dans l’intimité.

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