07 janvier 2006

chronique d'une jeunesse sublimée (Part I)


1
"Je marche. Il est temps de descendre ce grand boulevard qui mène à la mer. Qui me mène à l’infini. Cela n’a pas été difficile de partir. Quitter l’assemblée composée de ces personnes que je ne supporte plus. Te quitter. Je décide, malgré la beauté de son bleu adouci de mauve, de détourner mon regard de l’étendue infinie. Ta peau n’était jamais bleue. Pas même lorsque tu avais froid.
Je tourne à droite ; je me noie dans la masse des immeubles. Grandes bâtisses bourgeoises fin dix-neuvième siècle.
Je respire profondément et frissonne légèrement. Je marche. Je marche nuque baissée. Tu ne frissonnais jamais. Pas même sous les caresses de ma main froide. Le ciel est maintenant couleur de lait. Blanc, soyeux, saturé. J’ai mal aux yeux quand le ciel est décoloré comme cela. C’est difficile de photographier un ciel de cette teinte. Teinte qui est presque matière. Tu n’aimais pas ce genre de lumière. Je me demande qui connaît la vraie lumière ? Superposition de réalités.
Je me souviens de ces longs moments que je passais allongée sur ton cœur, ressentant de plus en plus précisément les battements de ton corps. Il est déjà dix-neuf heures passées ; une légère brise s’est levée et ma peau se laisse parcourir par un frisson nouveau. Je n’ai pas vraiment froid, je ressens juste l’atmosphère extérieure. Je m’abandonne. Ma main droite entreprend le réchauffement de mon avant-bras gauche. Je suis une nouvelle fois surprise par son pouvoir : ambivalence de force et de douceur.
Je décide de retourner sur mes pas. Je ressens le besoin de me perdre dans cette grande avenue saturée de platanes immenses. Mon souffle reste régulier. Mon téléphone sonne pour me rappeler que je suis encore liée au reste du monde. J’ai le pouvoir de l’éteindre. Ma main a le pouvoir de l’éteindre, tout comme elle a le pouvoir de réveiller le désir. Je comprends alors qu’il me sera impossible de dormir seule ce soir. Découvrir un corps inconnu ou redécouvrir un corps déjà exploré ? Le plaisir sera-t-il le même ? Je décide d’être explorateur de paysage nouveau. J’erre. Une phrase tourne en boucle dans ma tête : " Just because you wander in the desert, it does not mean there is a promised land ".
Nous sommes en Juin. Il sera facile de trouver une complice pour la nuit. Je me dirige vers la vieille ville, là où la vie se concentre, là où la promesse d’une étreinte nouvelle est garantie."

Aucun commentaire:

 
Google